25.10.18

Répétition publique de "Flot", création de Thomas Hauert

Répétition publique de Flot, création de Thomas Hauert, jeudi 25 octobre 2018 à 19h au CCN - Ballet de Lorraine.

Les répétitions publiques permettent d’entrer dans l’intimité du travail entre un chorégraphe et ses danseurs. Interactives, elles s’accompagnent d’échanges avec les spectateurs. 

Durée : 1 heure
Tarif : gratuit (inscription obligatoire : 03 83 85 69 08)

FLOT

La Suite de Valses, op.110, de Serge Prokofiev est une œuvre étrange dans le répertoire de musique orchestrale. Elle est un assemblage de six valses extraites de trois œuvres composées indépendamment, notamment du ballet Cendrillon, de l’opéra Guerre et Paix et de la musique du film Lermontov. Chaque valse est en soi très riche en invention mélodique et en variation dynamique, elles sont harmoniquement sophistiquées et brillamment orchestrées – pourtant les six valses entendues l’une après l’autre font que ces qualités tendent à se noyer dans le continuum du mouvement tournant des valses et l’auditeur risque de devenir indifférent vis à vis de cette abondance d’exubérance. Sans doute une des raisons pour laquelle la suite apparait rarement dans les programmes des salles de concert et il existe que peu d’enregistrements intégrales. Flot se sert de l’enregistrement, (ici par l’Orchestre Symphonique de São Paulo sous la direction de Marin Alsop), comme matière première musicale. La danse se nourrit de la musique, puise dans cette somptueuse source de mouvement, d’énergie, de dynamiques, de rythmes et intègre ses atmosphères et les espaces qu’elle suggère. En même temps, la chorégraphie prend la liberté de restructurer la musique, de lui imposer une forme qui émerge de la danse, du spectacle pluridisciplinaire – la musique est manipulée en tant qu’élément dramaturgique.

Déployant un réseau complexe de mouvements connectés dans le temps et l’espace, le langage chorégraphique de Thomas Hauert pourrait être perçu comme un prolongement de la tradition de la danse abstraite. Pourtant, son « écriture » fortement polyphonique vient au jour sur scène par l’improvisation. La matrice de la pièce est une chorégraphie qui se déploie sans l’intervention d’une autorité centrale. Elle forme un système intégré dynamique au comportement imprévisible, au sein duquel certains danseurs initient un mouvement et d’autres réagissent à celui-ci, cette réaction déclenchant un autre mouvement à l’intérieur de la même structure ou initiant un tout nouveau développement. Puisant dans un répertoire partagé de principes physiques incorporés durant le processus de création, les danseurs sont responsables de l’invention et de l’exécution de leur propre mouvement sur scène, mais aussi de la création et du développement de structures de groupe. Ils doivent adapter leur rôle individuel au sein d’une constellation dynamique dont les mécanismes se transforment en permanence. Ils visent à faire émerger l’ordre à partir du désordre, la forme à partir de l’informe, un groupe à partir d’individus, tout en tirant parti de la qualité exceptionnelle de perception, d’attention et de concentration rendue possible par l’improvisation.

La chorégraphie apparaît comme un microcosme dans lequel des individus négocient en permanence leur liberté et leur créativité avec leur volonté de se relier aux autres. Touchant aux notions de libre arbitre et de responsabilité, elle semble traduire les négociations, conflits, tensions et résolutions à l’oeuvre dans ces systèmes sociaux. Dans l’espace d’un spectacle, on retrouve l’indétermination, la justification rétrospective, l’improvisation du bricoleur, une vision limitée, des opportunités découvertes trop tard, la tentation de suivre des chemins familiers et un futur ouvert. En un sens, les forces par lesquelles nous nous confrontons avec notre condition humaine. L’imperfection devient la signature personnelle de l’engagement, l’indice d’une quête de vertu, plutôt qu’un signe public d’échec.

Thomas Hauert

Après une carrière de danseur avec e.a. Anne Teresa De Keersmaeker, David Zambrano et Pierre Droulers, le Suisse Thomas Hauert fonde sa compagnie ZOO à Bruxelles. En 1998, il initie Cows in Space, une pièce pour cinq danseurs immédiatement couronnée aux Rencontres de Seine-Saint-Denis. Depuis lors, il a créé avec ZOO une vingtaine de spectacles, dont Jetzt (2000), Verosimile (2002), modify (2004, Prix de la danse suisse 2005), Walking Oscar (2006), Accords (2008), You’ve changed (2010), From B to B (avec Àngels Margarit, 2011), Like me more like me (avec Scott Heron, 2011) et la pièce pour jeune public Danse étoffée sur musique déguisée (2012), Mono (2013), le solo (sweet) (bitter) en 2015, inaudible (2016) et How to proceed, sa dernière création de groupe pour huit danseurs (2018). En 2010, Thierry De Mey réalise aussi le film La Valse, coproduit par la chaîne Arte, à partir du final de Accords. En parallèle à son travail pour ZOO, Thomas Hauert crée encore Hà Mais (2002) au Mozambique, ainsi que plusieurs pièces pour les étudiants de P.A.R.T.S et de la Laban School de Londres.

A l’automne 2010, a lieu la première de son spectacle pour le Ballet de Zurich, Il Giornale della necropoliPond Skaters commande pour la compagnie canadienne Toronto Dance Theatre a été crée en 2013. En 2014, il crée Notturnino une pièce pour la compagnie anglaise de danseurs invalides et non invalides Candoco. Il travaille actuellement  à une création pour 24 danseurs qui sera présentée en novembre 2018 au CCN Ballet de Lorraine. Présenté partout dans le monde, le travail de ZOO se développe d’abord à partir d’une recherche sur le mouvement, avec un intérêt particulier pour une écriture basée sur l’improvisation et explorant la tension entre liberté et contrainte, individu et groupe, ordre et désordre, forme et informe.

Régulièrement invité à participer à des événements d’improvisation, Thomas nourrit aussi un profond intérêt pour les relations entre la danse et la musique. Il enseigne régulièrement à P.A.R.T.S. et a été professeur invité Valeska-Gert à la Freie Universität de Berlin durant l’hiver 2012-2013. En 2012, Thomas Hauert est invité à participer au projet « Motion Bank » initié par la Forsythe Company pour stimuler la recherche sur la pratique et la pensée chorégraphiques. Depuis 2013, il est le directeur artistique du baccalauréat en danse à la Haute Ecole de Théâtre La Manufacture à Lausanne. Thomas Hauert est “artiste en compagnonnage” au Théâtre de Liège (2018-2022) et en résidence aux Théâtre Les Tanneurs.