Corps de Ballet

Chorégraphie : Noé Soulier
Musiques : Franz Schubert et Guiseppe Verdi

Créé le 15 Mars 2014 à l’Opéra National de Lorraine

Chorégraphie, scénographie : Noé Soulier
Création costumes : Noé Soulier et Martine Augsbourger
Création lumières : Noé Soulier et Olivier Bauer
Conception musicale : Noé Soulier et Aurélien Azan-Zielinski
Musiques : 4 ème mouvement de la Symphonie n°4 en Ut mineur D.417 de Schubert et scène finale de Rigoletto de Verdi (3ème acte, Gilda/Rigoletto)
Arrangements musicaux : Jacques Gandard
Répétitrice : Isabelle Bourgeais

30 MINUTES 
17 DANSEURS 

 

Corps de ballet s'appuie uniquement sur des pas de la danse classique. La pièce s'ouvre sur un glossaire. Les danseurs exécutent tous les pas de la danse classique par ordre alphabétique. Chaque pas correspond à une famille de mouvements qui comprend de nombreuses variations. Les danseurs exécutent tous une version différente du même pas afin de déployer visuellement la structure interne du vocabulaire du ballet classique. Selon les pas, le point commun entre les mouvements des danseurs varie. Ainsi le premier pas est une arabesque : tous les danseurs ont une jambe derrière le corps, mais certains exécutent un saut, d'autres un tour, d'autres un équilibre. Le second pas est un assemblé : tous les danseurs exécutent un saut, mais la jambe peut être devant, sur le côté ou derrière le corps. Cela crée un unisson complexe où ce qui est en unisson est en constante mutation.

Ces deux premières parties sont exécutées sur le 4 ème mouvement de la Symphonie n°4 en Ut mineur D.417 de Schubert. Toutes les mélodies ont été retirées. L'accompagnement change ainsi de statut : il n'accompagne plus. Au contraire, il se situe au premier plan. Une logique similaire sous-tend le prologue où sont juxtaposés des éléments de décor hétérogènes : champs, mer, statues, balustrades, etc... Ils ne concourent plus à la création d'une illusion générale, mais sont présentés pour eux-mêmes. Ils occupent tout l'espace et sont clairement distincts les uns des autres. Les danseurs portent des pourpoints qui s'appuient sur un modèle présent dans de nombreux ballets classiques. Les fils de bâti ont été brodés en doré de manière à ce que la structure interne du vêtement devienne aussi son ornement.
Les danseurs poursuivent avec une séquence composée uniquement de pas de préparation. Ce sont des pas de liaison qui permettent d'exécuter d'autres pas : l'appel qui précède un saut ou le plié qui précède la pirouette. Les danseurs tentent de faire ces mouvements comme s'ils allaient réellement exécuter la pirouette ou le saut en question et de s'interrompre au dernier moment pour initier une nouvelle préparation. Ce décalage entre l'intention et l'action des danseurs vise à rendre visible la manière dont ils se projettent vers le mouvement à venir.
La dernière séquence est composée uniquement de gestes de pantomime appartenant à des ballets du XIXème siècle. Contrairement à l'usage traditionnel, les gestes sont enchaînés sans interruptions et sans articulations. Cela forme une phrase de mouvement continu. Peu à peu des mouvements aux sens distincts se superposent. Il devient impossible de lire intégralement les gestes qui sont réalisés. La phrase de mouvement est saturée de sens : on perçoit les expressions de visage, les gestes des mains et les multiples affects que transmettent ces mouvements superposés sans pouvoir leur conférer un sens défini.
Cette phrase de mouvements est accompagnée par la scène finale de Rigoletto de Verdi. Seul l'accompagnement orchestral est joué. Comme la phrase de pantomime, il conserve les émotions multiples et contradictoires associées à la scène dramatique sans que l'on puisse lui associer un sens narratif défini. 

Noé Soulier

Noé Soulier, né à Paris en 1987, a étudié au CNSMD de Paris, à l'École Nationale de Ballet du Canada, et à PARTS – Bruxelles. Il a obtenu un master en philosophie à l’Université de la Sorbonne (Paris IV) et a participé au programme de résidence du Palais de Tokyo : Le Pavillon. Noé Soulier interroge la manière dont on perçoit et dont on interprète les gestes à travers des dispositifs multiples : chorégraphie, installation, essai théorique et performance. Dans Mouvement sur Mouvement (2013) et Signe blanc (2012), Noé Soulier introduit un décalage entre le discours et les gestes qui l'accompagnent afin de questionner la manière dont ils collaborent à l'élaboration du sens. Dans Petites perceptions (premier prix du concours Danse Élargie, organisé par le Théâtre de la Ville et le Musée de la Danse en 2010) et Corps de ballet, la tension se situe entre l'intention et le mouvement du danseur. Elle vise à faire apparaître la manière dont l’interprète s'engage dans l’action. Ces décalages et ces tensions internes tentent d’explorer les rapports complexes entre l'intention, l'action, et l'articulation du sens par le corps et la parole.