Flot (création)

Chorégraphie : Thomas Hauert
Musique : Suite de Valses op.110, de Serge Prokofiev

©Chevalier-Masson

Création le 14 novembre 2018 à l’Opéra national de Lorraine (Nancy)

Chorégraphie : Thomas Hauert
Musique : Suites de Valses op.110, de Serge Prokofiev
Son : Bart Celis
Lumières : Bert Van Dijck
Scénographie et costumes : Chevalier-Masson

40 MINUTES
24 DANSEURS

La Suite de Valses, op.110 de Serge Prokofiev est une œuvre étrange dans le répertoire de musique orchestrale. Elle est un assemblage de six valses extraites de trois œuvres composées indépendamment, notamment du ballet Cendrillon, de l’opéra Guerre et Paix et de la musique du film Lermontov. Chaque valse est en soi très riche en invention mélodique et en variation dynamique, elles sont harmoniquement sophistiquées et brillamment orchestrées – pourtant les six valses entendues l’une après l’autre font que ces qualités tendent à se noyer dans le continuum du mouvement tournant des valses et l’auditeur risque de devenir indifférent vis à vis de cette abondance d’exubérance.

Sans doute une des raisons pour laquelle la suite n’apparait que rarement dans les programmes des salles de concert et qu’il n’existe que peu d’enregistrements intégraux. Flot se sert de la musique enregistrée comme matière première musicale. La danse se nourrit de la musique, puise dans cette somptueuse source de mouvement, d’énergie, de dynamiques, de rythmes, et intègre ses atmosphères et les espaces qu’elle suggère. En même temps, la chorégraphie prend la liberté de restructurer la musique, de lui imposer une forme qui émerge de la danse, du spectacle – la musique est manipulée en tant qu’élément dramaturgique.

Déployant un réseau complexe de mouvements connectés dans le temps et l’espace, le langage chorégraphique de Thomas Hauert pourrait être perçu comme un prolongement de la tradition de la danse abstraite. Pourtant, son « écriture » fortement polyphonique vient au jour sur scène par l’improvisation. La matrice de la pièce est une chorégraphie qui se déploie sans l’intervention d’une autorité centrale. Elle forme un système intégré dynamique au comportement imprévisible, au sein duquel certains danseurs initient un mouvement et d’autres réagissent à celui-ci, cette réaction déclenchant un autre mouvement à l’intérieur de la même structure ou initiant un tout nouveau développement.

Puisant dans un répertoire partagé de principes physiques incorporés durant le processus de création, les danseurs sont responsables de l’invention et de l’exécution de leur propre mouvement sur scène, mais aussi de la création et du développement de structures de groupe. Ils doivent adapter leur rôle individuel au sein d’une constellation dynamique dont les mécanismes se transforment en permanence. Ils visent à faire émerger l’ordre à partir du désordre, la forme à partir de l’informe, un groupe à partir d’individus, tout en tirant parti de la qualité exceptionnelle de perception, d’attention et de concentration exigée par la complexité des structures d’improvisation.

La chorégraphie apparaît comme un microcosme dans lequel des individus négocient en permanence leur liberté et leur créativité avec leur volonté de se relier aux autres. Touchant aux notions de libre arbitre et de responsabilité, elle semble traduire les négociations, conflits, tensions et résolutions à l’œuvre dans ces systèmes sociaux. Dans l’espace d’un spectacle, on retrouve l’indétermination, la justification rétrospective, l’improvisation du bricoleur, une vision limitée, des opportunités découvertes trop tard, la tentation de suivre des chemins familiers et un futur ouvert. En un sens, les forces par lesquelles nous nous confrontons avec notre condition humaine. L’imperfection devient la signature personnelle de l’engagement, l’indice d’une quête de vertu, plutôt qu’un signe public d’échec.

Les costumes et la scénographie ont été créés par Anne Masson et Eric Chevalier, les éclairages par Bert Van Dijck et les transformations électroniques des valses de Prokofiev par Bart Celis, collaborateurs artistiques qui accompagnent le travail de Thomas Hauert sur plusieurs projets déjà.


©Thibault Grégoire

zoo-thomashauert.be

Thomas Hauert

Après une carrière de danseur avec Anne Teresa De Keersmaeker, David Zambrano et Pierre Droulers, le Suisse Thomas Hauert fonde sa compagnie ZOO à Bruxelles. 

En 1998, il initie Cows in Space, une pièce pour cinq danseurs immédiatement couronnée aux Rencontres de Seine-Saint-Denis. 

Depuis, il a créé avec ZOO une vingtaine de spectacles, dont Jetzt (2000), Verosimile (2002), modify (2004, Prix de la danse suisse 2005), Walking Oscar (2006), Accords (2008), You’ve changed (2010), From B to B (avec Àngels Margarit, 2011), Like me more like me (avec Scott Heron, 2011) et la pièce pour jeune public Danse étoffée sur musique déguisée (2012), Mono (2013), le solo (sweet) (bitter) en 2015, inaudible (2016) et How to proceed, sa dernière création de groupe pour huit danseurs (2018). 

En 2010, Thierry De Mey réalise aussi le film La Valse, coproduit par la chaîne Arte, à partir du final de Accords. En parallèle à son travail pour ZOO, Thomas Hauert crée encore Hà Mais (2002) au Mozambique, ainsi que plusieurs pièces pour les étudiants de P.A.R.T.S et de la Laban School de Londres. A l’automne 2010, a lieu la première de son spectacle pour le Ballet de Zurich, Il Giornale della necropoli. Pond Skaters, commande pour la compagnie canadienne Toronto Dance Theatre, a été crée en 2013. En 2014, il crée Notturnino une pièce pour la compagnie anglaise de danseurs invalides et non invalides Candoco.  En 2018, il crée Flot, pièce pour 24 danseurs du CCN - Ballet de Lorraine. 

Il enseigne régulièrement à P.A.R.T.S. et a été professeur invité Valeska-Gert à la Freie Universität de Berlin durant l’hiver 2012-2013. En 2012, Thomas Hauert est invité à participer au projet « Motion Bank » initié par la Forsythe Company pour stimuler la recherche sur la pratique et la pensée chorégraphiques. Depuis 2013, il est le directeur artistique du baccalauréat en danse à la Haute Ecole de Théâtre La Manufacture à Lausanne. 

Thomas Hauert est “artiste en compagnonnage” au Théâtre de Liège (2018-2022) et en résidence au Théâtre Les Tanneurs.

www.zoo-thomashauert.be