Relâche

Conception 1924 : Francis Picabia avec Entr'acte de René Clair
Reprise 2014 : Chorégraphie et recherche historique : Petter Jacobsson et Thomas Caley
Musique : Erik Satie

Relâche © Laurent Philippe
Ballet instantanéiste en deux actes, un Entr’acte cinématographique et la Queue du chien
 
Conception 1924 : Francis Picabia
Musique : Erik Satie
Chorégraphie : Jean Börlin
Film : Entr'acte - René Clair


Reprise - 2014
Entrée au répertoire le 13 mars 2014 à l'Opéra national de Lorraine (Nancy)
Chorégraphie et recherche historique : Petter Jacobsson et Thomas Caley
Dramaturgie et recherche historique : Christophe Wavelet
Scénographie : Annie Tolleter
Lumières : Eric Wurtz
Recherches historiques sur les années 1920 : Carole Boulbès
Costumes : Atelier costumes du CCN - Ballet de Lorraine
Avec la participation des élèves de la section broderie du Lycée Lapie de Lunéville 

41 MINUTES
14 DANSEURS

« Le désir de présenter Relâche, ce spectacle légendaire de l’histoire des avant-gardes jamais repris depuis sa création, pour l’offrir au public nancéien trouve sa source dans l’amitié de près de trois décennies qui m’a lié au Professeur Bengt Häger. Bengt était le « bras droit » de Rolf de Maré, et son influence fut décisive lors de la création du Dansmuseet, le musée de la danse de Stockholm. Il fut pour moi un soutien sans faille tout au long de ma carrière artistique, depuis mes jeunes années à Stockholm et jusqu’à sa mort, survenue il y a deux ans. Ensemble, nous évoquions souvent la brève et éblouissante aventure des Ballet Suédois dans le Paris des années 1920. 

Parmi toutes leurs créations, celle qui n’a cessé de m’intriguer le plus est restée Relâche. Quant à l’étonnant film qui lui fait escorte, Entr’acte, les occasions n’ont pas manqué pour moi de le voir et de le revoir, au gré de ses projections dans les musées et les cinémathèques. Il m’a donc semblé que l’heure était venue de réinscrire cette oeuvre dans le contexte géographique et culturel qui la vit naître : celui de la France.

Au terme d’une année de recherches dans de nombreuses collections publiques et privées, c’est grâce aux ressources conjuguées du CCN - Ballet de Lorraine et de l’Orchestre symphonique et lyrique de Nancy, placé pour l’occasion* sous la talentueuse direction d’Aurélien Azan-Zilienski que ce spectacle peut à nouveau briller de tous ses feux. » Petter Jacobsson
*NDLR : Au moment de la création à l’Opéra national de Lorraine.

« Apportez des lunettes noires et de quoi vous boucher les oreilles, avertissait un encart publicitaire paru dans une livraison de la célèbre revue d’avant-garde 391.
Avec l’humour insolent qui caractérise ses auteurs, le ballet est intitulé Relâche. Ce ballet instantanéiste en deux actes et un entr’acte cinématographique sont une commande de l’imprésario et mécène Rolf de Maré, le Diaghilev scandinave. Son principal maître d’oeuvre, Francis Picabia, figure majeure du mouvement Dada et complice de longue date de Marcel Duchamp. Son complice est Erik Satie, pianiste du légendaire cabaret Montmartrois le Chat noir. C’est lui qui, un an avant sa mort et avec une intrépidité intacte, en assure la réalisation musicale et Jean Börlin en conçoit la chorégraphie.
Quant au jeune René Clair, futur auteur d’À nous la liberté, il porte à l’écran un scénario conçu pour l’occasion par Picabia. Voici Entr’acte, l’un des tout premiers films surréalistes. Enchâssé dans le spectacle, sa projection elle aussi fait sensation. Car c’est bien la première fois qu’un spectacle destiné à la scène fait ainsi dialoguer le cinéma avec la danse, les arts visuels et la musique. Pour mieux confier au public le soin d’en résoudre l’énigme. En effet, de quoi y a-t-il Entr’acte pour qui fait Relâche ? C’est au terme d’une durable et passionnante recherche que le CCN – Ballet de Lorraine le fait aujourd’hui entrer à son répertoire. Pour vous en restituer l’intensité. » Christophe Wavelet

 

Petter Jacobsson et Thomas Caley

Une équipe créative

Né à Stockholm, Petter Jacobsson commence la danse dès l’âge de trois ans et poursuit ses études à l’École du Ballet Royal de Suède. Il est ensuite diplômé de l’Académie Vaganova à St. Petersburg en 1982. Danseur Etoile au Sadler’s Wells Royal Ballet à Londres de 1984 à 1993, il voyage à travers le monde aussi bien en dansant les grands rôles classiques, qu’en se produisant en tant qu’artiste invité avec de nombreuses compagnies internationales. En 1993, il s’installe à New York où il commence une carrière de danseur indépendant en travaillant avec Twyla Tharp, Merce Cunningham au sein de son Repertory Group, Irene Hultman et Deborah Hay.

Le chorégraphe/danseur Thomas Caley est né aux Etats-Unis. En 1992 il reçoit une licence en Beaux arts au Purchase College de New York. Entre 1994 et 2000, il travaille en tant que premier danseur avec la Merce Cunningham Dance Company. En 2000, il s’installe à Stockholm afin de poursuivre sa collaboration avec Petter Jacobsson et débute une carrière de danseur freelance en Europe. Il a ainsi travaillé en France avec Boris Charmatz pour le projet flip book. Depuis 2011, Thomas Caley est coordinateur de recherche au CCN — Ballet de Lorraine.

Au milieu des années 90, Petter et Thomas commencent à travailler comme équipe créative, en chorégraphiant des pièces pour Martha@Mother, le Joyce Soho à New York et l’opéra Staden à l’Opéra Royal de Suède - Stockholm, dans le cadre de Stockholm, capitale européenne de la Culture, en 1998.

En 1999, lorsque Petter est nommé directeur artistique du Ballet Royal de Suède à Stockholm, ils s’installent en Europe pour poursuivre leur collaboration artistique. Une réalisation exceptionnelle de leur travail pour le Ballet Royal de Suède consiste alors à créer deux immenses happenings, Dans Les Coins et recoins 2000 et 2001. Le projet intègre le Ballet Royal, l’Opéra et l’Orchestre, ainsi que des artistes indépendants dans des espaces inhabituels de cette institution, utilisés exceptionnellement comme lieux de spectacles. Petter est désigné chorégraphe de l’année 2002 par la Société des chorégraphes suédois pour son travail de modernisation de la compagnie.

Après des années de collaboration, Petter et Thomas montent leur compagnie de danse indépendante en 2005 – leur travail inclut NightlifeUnknown partnerFluxNo mans land- no lands man,The nearest nearness –, en 2002, ils reçoivent un « Goldmask » de la meilleure chorégraphie pour la comédie musicale Chess avec Björn Ulveus et Benny Andersson (ABBA).
En 2011, Petter prend la direction du CCN – Ballet de Lorraine à Nancy, avec Thomas Caley, et ils chorégraphient ensemble pour la compagnie : Untitled Partner #3, Performing Performing, Relâche, Armide, Discofoot, L’Envers, Record of ancient things, Happening Birthday. Leur projet pour le CCN convie une grande variété de talents artistiques venus du monde entier. Chaque créateur invité participe au questionnement actif d’un thème spécifique : La saison de La 12/13, Tête à tête à têtes 13/14, Live 14/15, Folk + Danse = (R)évolution 15/16 et Des plaisirs inconnus 16/17 et 50 ans ! 17/18. Pour assurer une forme d’art vivant et non fixe, ils continuent leurs recherches à travers des installations comme pour le Musée d’Art Moderne à Paris, le Centre Pompidou-Metz, ou l’initiative originale que sont les LAB-BLA-BAL, consistant en une série d’expérimentations open house art, d’ateliers et de discussions donnés au centre chorégraphique. 

 

Francis Picabia

Le peintre, graphiste et écrivain français Francis Picabia, naît le 22 janvier 1879 à Paris, d’un espagnol né à Cuba, Francisco Vicente Martinez Picabia, et d’une française, Marie Cécile Davanne. Francis Picabia décède à Paris le 30 novembre 1953.

Enfant unique, Picabia a sept ans lorsqu’il perd sa mère atteinte de tuberculose. Picabia fréquente l’École des Arts Décoratifs entre 1895 et 1897. En 1911, Picabia s’associe au groupe de Puteaux réunit dans le studio du peintre Jacques Villon, frère de Marcel Duchamp. Après un bref séjour à Barcelone, où il fonde la revue DADA 291, Francis Picabia s’installe à Paris en 1917. Sous l’influence de l’esthétique Dada, il réalise des portraits en collant sur la toile les matériaux les plus divers : cure-dent, boutons, etc.

À partir de 1924, Picabia se consacre entièrement à la peinture et réalise la série des Transparences. Dans ces oeuvres d’un surréalisme déconcertant, il recouvre des portraits de figures dont certaines sont empruntées à l’histoire de l’art. En même temps, il recourt au procédé de la peinture automatique. Picabia participe en tant que dessinateur à la revue surréaliste Littérature. Dès la fin des années 1920, il s’éloigne du noyau du surréalisme et s’intéresse de plus en plus à la photographie et au cinéma. Vers 1945, il se rapproche à nouveau de l’abstraction.

Les Ballets suédois

Les Ballets suédois sont une compagnie de ballet installée à Paris de 1920 à 1925 au Théâtre des Champs-Élysées, sous la direction d’un industriel passionné de danse, Rolf de Maré.

Ils sont nés de la séparation de Michel Fokine d’avec les Ballets russes de Serge de Diaghilev et tentent d’offrir au public parisien une diversité et une richesse sans doute moins impressionnante que le répertoire des Ballets russes, mais néanmoins tout aussi novatrice, sous l’impulsion de son chorégraphe Jean Börlin.

Travaillant avec des librettistes comme Paul Claudel, Luigi Pirandello, Pär Lagerkvist, Blaise Cendrars, Francis Picabia et Jean Cocteau, les Ballets suédois sont une véritable vitrine littéraire de l’époque. Rolf de Maré commande les musiques des ballets à Arthur Honegger, Darius Milhaud, Georges Auric, Erik Satie, Francis Poulenc et même Cole Porter, qui composera un des premiers « ballets jazz » de l’histoire : Within the Quota (1923), avec une orchestration de Charles Koechlin. La même saison, les Ballets suédois présentent La Création du monde de Darius Milhaud, décors de Fernand Léger.

Quant aux décors et costumes, ils sont l’oeuvre de peintres comme Giorgio De Chirico, Paul Colin, Pierre Bonnard, Marie Vassilieff et surtout Fernand Léger.

En quatre ans, Jean Börlin signe 24 chorégraphies, dont plusieurs seront incomprises du public, tant il remet en question la définition même de la danse. Les critiques lui reprochent même de ne pas « danser ». Mais cette nouvelle philosophie sera intégrée dans le courant de la danse moderne quelques années plus tard.