Compagnie [lodudo] producción – Marta Izquierdo Muñoz

du 7 au 18 mars 2021



Dioscures

Dans la mythologie grecque, les dieux jumeaux Castor et Pollux sont appelés Dioscures (Διόσκουροι « jeunes garçons de Zeus »). Ils sont le symbole des jeunes gens en âge de porter les armes et apparaissent comme des sauveurs dans des situations désespérées. Le terme comporte aussi un sens plus général, pour désigner des jumeaux divins dans toute autre mythologie .

Pour ce nouveau projet chorégraphique, j’invite deux hommes autour de figures mythologiques titanesques ou gémellaires.

Nacera Belaza 

Il s’agît d’une rencontre de deux performeurs-danseurs : Mina Serrano et Kouadio Ebenezer qui vont être réunis pour travailler à partir de figures mythologiques qu’ils m’inspirent. D’une part les Titans de la mythologie grecque, ces figures archaïques qui habitaient l’Olympe avant d’en être chassé par Zeus et sa fratrie divine. D’autre part la figure héroïque et tragique des inséparables jumeaux Castor et Pollux.

Comme tous les personnages auxquels je m’intéresse, ceux-ci comportent une certaine ambiguïté. Ainsi, l'étymologie du nom Titan est « celui qui habite dans les cieux », mais le même nom serait aussi à l'origine du mot « Satan » en hébreu. Quant à Castor et Pollux, ils évoluent alternativement dans le monde des vivants et des morts.

Mina Serrano habite à Madrid, Kouadio Ebenezer (« Eben ») à Toulouse. Ils partagent une taille imposante, un jeune âge (18 et 23 ans) et m’apparaissent comme deux sculptures vivantes, comme deux frères Titans qui auraient été séparés par une montagne, non pas l’Olympe, mais les Pyrénées.

Mais ces géants-là, loins d’une virilité monolithique, sont androgynes. Ainsi, comme dans tous mes projets chorégraphiques, il y a un décalage entre la figure et l’interprète.

Actuellement Mina travaille comme Drag et transformiste dans des boîtes de nuit de Madrid, tout en combinant cette activité avec son travail d’acteur-performeur et d’artiste plasticien. Eben est danseur. Il a pratiqué la danse classique, mais s’est surtout distingué dans le voguing, tout en restant perméable à d’autres langages chorégraphiques. Très jeune artiste, Eben semble déjà avoir cette intériorité, ce dialogue avec lui-même qui me touche chez certains comédiens.

Tous les deux souhaitent faire un pas vers la danse contemporaine et la performance. Et moi, je souhaite faire un pas vers chacun d’eux. Et qu’ils me répondent. Et qu’ils se répondent. En miroir. Dans des jeux complexes de reflets diffractés.

Pour ce projet, après deux pièces chorégraphiquement très écrites, je souhaite mélanger les procédés de la danse contemporaine avec une certaine façon de vivre l’acte artistique propre à la performance.

Comment deux personnes ayant des langages aussi différents peuvent vivre sur un plateau ? Mon propos est de les déplacer et de les emmener vers un spectacle où les langages se croisent, où deux corps vont se rencontrer dans un même espace sans leurs armes habituelles.




© lodudo produccion

Marta Izquierdo Muñoz

Venue à la danse sur le tard après des études de psychologie à Madrid et après avoir été interprète, notamment au CCNRB de Catherine Diverrès et chez François Verret, Marta Izquierdo Munoz signe ses premiers projets personnels à partir de 2007 avec sa compagnie, [lodudo] producción. Il s’agit alors des formes resserrées (du solo accompagné au trio), voyageuses (France, Espagne, Allemagne, Autriche, Japon, Maroc) et qui prennent le temps nécessaire aux rencontres.

Apr.s une petite forme contemporaine foraine (Jaleo, Le Triangle, Rennes, 2007), elle créé Sheʼs mine dans le cadre du sujet à Vif (festival d’Avignon 2008) suivi d’une tournée internationale ; puis Walking on thin ice (festival Mettre en Scène 2008); Rojo (festival Antipodes 2009, Le Quartz, Brest - à l’issue d’une résidence Culturesfrance Hors-les-Murs au Japon), Sirène (festival Antipodes 2010), He matado al principe (mon coeur est un océan) - festival Ardanth. 2012, Vanves ; My name is Britney Spears (festival CDC International, Toulouse 2014). Lauréate du programme de résidence de lʼInstitut Français du Maroc, elle y amorce un dyptique : Admirando la cheikha (2014 – festival Temporada Alta, Girona, Espagne) et Btʼnʼbt ! una Carnecineria (2016 – festival CDC International, Toulouse). Les deux pièces suivantes ont en commun le travail autour d’un objet rudimentaire et archaïque, le bâton : Practice Makes Perfect (2017) autour des danses traditionnelles catalanes et provençales et IMAGO-GO (2018), sur la figure de la majorette. IMAGO-GO constitue également le premier volet d’un diptyque autour de communautés féminines à la fois marginales et populaires dont GUERILLERES (projet lauréat de l’A-CDCN 2021) constitue le second volet. Elle prépare pour l’année 2023 Dioscures, un duo autour des figures mythologiques titanesques et gémellaires.

Elle développe par ailleurs des projets destinés . des publics spécifiques en lien avec un territoire. Ainsi, YOLO (2019) a été créé avec un groupe d’adolescents de la région rémoise, puis est repris ou recréé avec d’autres adolescents dans un dispositif concert. avec les lieux d’accueil (MJC Rodez 2019, projet interrégional Catalogne-Occitanie pour la Biennale de Toulouse 2022). Le Laboratoire Super Wonder All Style rassemble sur plusieurs week-ends une quinzaine de personnes aux styles chorégraphiques très variés lors de laboratoires de recherche fondés sur l’échange, la curiosité et l’émulation. Le projet se conclue par une restitution performative suivie d’un Grand Battle All Style (Toulouse 2019-2022).

Elle est actuellement artiste complice du CDCN La Place de la Danse Toulouse/Occitanie et artiste associée au centre de création L’animal à l’esquena (Gérone, Espagne).