Compagnie Nacera Belaza (France)

du 3 au 14 janvier 2022



Création

« Je porte en moi depuis plusieurs années l’image d’une danse qui s’écrirait en maintenant le corps en état de chute. Cette image était régulièrement présente lors de mes recherches précédentes ; j’étais fascinée par l’absence de résistance, par la liberté que la sensation de chute procure au corps et à l’esprit, par la possibilité d’abolir la peur en accueillant ce que l’on redoute le plus. Et puis j’ai découvert “L’homme qui tombe” (The falling man), une photographie de Richard Drew. Pourquoi cette photo a-t-elle particulièrement marqué les esprits ? Que révèle-t-elle de violence sous-jacente ? C’est sans doute l’étrange et inattendu calme dans lequel cet homme sur le point de mourir semble avoir été saisi. Il ne résiste pas, ne se débat pas. Il semble ne plus craindre le choc imminent. Agissant ainsi, il fait s’entrechoquer notre peur de la mort et l’inutilité à lutter contre. Il accueille en quelque sorte l’inévitable, et cela bouleverse. Il aurait dû crier, tenter de freiner la chute. C’est il me semble ce qui donne toute sa puissance, mais aussi toute sa violence à cette image : un précipité des courants contradictoires qui traversent l’être. C’est ce sentiment trouble qui me fascine et qui sera le point de départ de ma prochaine recherche ; la chute sur un plateau est soit redoutée soit simulée. Ayant moi-même vécu quelques chutes impressionnantes, je réalise qu’elles ont finalement été les plus grands moments de libération de mon parcours d’interprète, mais aussi d’être humain. » 

Nacera Belaza 



© Isabelle Lévy-Lehmann

Nacera Belaza

Nacera Belaza est née à Medea en Algérie, elle vit en France depuis l'âge de cinq ans. Après des études de lettres modernes, elle crée en 1989 sa propre compagnie.

C’est en autodidacte qu’elle est entrée en danse, poussée par la nécessité vitale de s'exprimer, de dire et dénouer la complexité d'une double appartenance culturelle. C'est, pendant l'enfance puis l'adolescence, de ce corps contraint et confiné par le choc des cultures que surgit spontanément le langage, puisant la matière tout d'abord en soi puis dans ce que lui apportera la littérature. Pour libérer, il faut dire juste et précis, se défier de la complaisance et de la séduction.

Nacera Belaza chorégraphie un cheminement intérieur, l'espace, le vide en soi, les zones d'ombre et de lumière, le vertige, la répétition. Elle fait de la danse une plongée verticale introspective. Ses pièces explorent le mouvement en un souffle serein, profond et continu, confrontant la patience, la rigueur, le dépouillement au « vacarme assourdissant de nos existences », rendant au geste son utilité existentielle.

Son travail, reconnu et salué par le ministère de la culture, lui a valu en 2015 d’être nommée Chevalier de l’Ordre des Arts et des Lettres.
En 2008 Le Cri a reçu le prix de la révélation du Syndicat de la Critique . En 2017, la SACD a également salué son parcours en lui remettant le Prix Chorégraphe. Nacera Belaza est artiste associée au Théâtre National de Chaillot et artiste en résidence à la MC93 de Bobigny dans le cadre du programme « artistes dans la cité » de la Fondation d’entreprise Hermès.

L’ensemble de ses pièces sont régulièrement présentées en Europe, en Afrique, en Asie et en Amérique du Nord. En France, elle est invitée par des théâtres et festivals prestigieux tels que le Festival Montpellier Danse, les Rencontres Chorégraphiques Internationales de Seine-Saint-Denis, le Festival d’Avignon, la Biennale de la danse de Lyon ou encore le Festival de Marseille. Elle a, en parallèle de son activité en France et à l’étranger, créé en Algérie une coopérative qui lui permet de mener un travail régulier avec le pays de ses origines.