Erosion

Erosion

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Partage

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Création pour 13 danseuses et danseurs du CCN - Ballet de Lorraine

Chorégraphie
Volmir Cordeiro
Scénographie
Hervé Cherblanc
Musique
Darius Milhaud (L'Homme et son Désir) - sur un argument de ballet de Paul Claudel
Arrangements musicaux et création sonore
Aria De la Celle
Lumières
Éric Wurtz
Costumes
Volmir Cordeiro en étroite collaboration avec Martine Augsbourger
Réalisation des costumes
Atelier costumes du CCN - Ballet de Lorraine
Assistants du Chorégraphe
Martín Gil, Marcela Santander et Bruno Pace
Avec la participation de l'Ecole de Broderie d'Art du Lycée Paul-Lapie de Lunéville
Chorégraphie
Volmir Cordeiro
Scénographie
Hervé Cherblanc
Musique
Darius Milhaud (L'Homme et son Désir) - sur un argument de ballet de Paul Claudel
Arrangements musicaux et création sonore
Aria De la Celle
Lumières
Éric Wurtz
Costumes
Volmir Cordeiro en étroite collaboration avec Martine Augsbourger
Réalisation des costumes
Atelier costumes du CCN - Ballet de Lorraine
Assistants du Chorégraphe
Martín Gil, Marcela Santander et Bruno Pace
Avec la participation de l'Ecole de Broderie d'Art du Lycée Paul-Lapie de Lunéville

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« L’homme et son désir est conçu par Paul Claudel à Rio de Janeiro, plus précisément à Petrópolis, en 1917. L’ambiance brésilienne perçue par son créateur et partagée avec Darius Milhaud, qui signe la musique, vient donner le ton de ce ballet plutôt envisagé comme un drame plastique : « … une turbulence chez les habitants, une grandiloquence dans les paysages, une démesure dans le dessin de la baie… ». L’argument de L’homme et son désir est donc rêvé au Brésil, depuis le Brésil, à partir du Brésil. Il se rapproche du thème de L’après-midi d’un faune, celui du désir sexuel inassouvi. Claudel avoue avoir été impressionné par ce ballet et sa créature mi-homme mi-chèvre interprétée par Nijinski, à qui s’adressait aussi le rôle principal de L’homme et son désir, et qui ne pourra finalement pas le danser. C’est donc Jean Börlin qui incarnera la figure centrale de ce petit drame issu de l’ambiance de la forêt brésilienne. La forêt n’est pas représentée, mais activée comme des « forces-tentations - un univers plein des souvenirs, désirs, dangers - dirigées vers l’homme endormi proposant une scène de sauvagerie». La forêt est une forêt sonore, faite du chaos des instruments. C’est dans cette forêt qu’un homme tout seul, à la nuit tombée, est en proie à la passion d’une femme morte. Un rêve plastique pour Claudel, ou encore, une pantomime autobiographique.

La forêt rêvée par Claudel me semble activer l’imaginaire d’une Amazonie vierge qui va de pair avec l’invisibilisation des populations autochtones qui peinent à rentrer dans l’histoire. Faisant office de  « paysage neutre » à un récit autobiographique d’un homme et son désir pour deux femmes, la forêt de Claudel renvoie à l’idée d’une nature construite comme passive et impuissante. Devant l’image des deux femmes assujetties au désir d’un homme, celui-ci se met en scène comme le maître d’une situation colonisatrice. L’homme et son désir est pour moi un « ballet de la négation » : il nie le territoire pour le réduire au titre d’un décor; il nie des habitant.e.s de la forêt pour les réduire à des créatures sauvages et sans voix. Ce faisant, il bannit un commun possible et rejoue le récit d’une fable narcissique. Contre cette idée d’une terre vide de sens et d’habitation, je propose Érosion, avec un récit d’une motte de terre prenant sa revanche, en éruption, faisant trembler le plancher et débander l’éros viril et dominant.

Proposer Érosion cent ans après L’homme et son désir est une manière d’évoquer l’écocide en cours depuis des siècles au Brésil et qui vient d’être renforcé par une politique délibérée d’extrême droite. Ce ballet de la forêt oubliée est maintenant contrasté par un sol en érosion qui vient dévaster la politique d’un Éros sans puissance collective. Avec Érosion, je souhaite interroger cet oubli ainsi que ce rapport d’extraction d’autant centré sur les ressources naturelles que humaines. Ce que je souhaite mettre en érosion n’est pas la terre, mais plutôt les opérations d’anéantissement de mondes possibles, les négations de formes de vie, des territoires communs et de corps en lutte.

Parmi d’autres éléments esthétiques de la pièce des Ballets suédois, je donnerais une attention particulière à la juxtaposition des réalités disparates qui met en scène un monde ambigu ; la simultanéité d’actions œuvrant à une polyphonie qui mélange danse, théâtre, musique, arts plastiques, et le style d’un éloge à la folie, à la nuit et à l’aspect fantomatique de l’existence humaine. Le quotidien, le rêve, le désir, le désespoir, sont quelques éléments repris à donner forme à cette pièce traitée par la critique comme un anti-ballet et souhaitée par son créateur comme une œuvre d’art totale. Pour moi, elle sera aussi rêvée, en tant que puissance énigmatique de ce que cette pièce a pu être au moment de sa création ; en tant que forêt brésilienne aujourd’hui absolument maltraitée, brûlée et oubliée par une politique écrasante ; en tant que récit rendant hommage au travail de l’inconscient, de la nuit et des rêves ; en tant qu’orchestration des forces refoulées, fiévreuses, contradictoires et songeuses. Un nouvel argument surgit pour cette création de 2022 : un monde en érosion, l’éros en érosion, le drame global en érection. »

Volmir Cordeiro

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Volmir Cordeiro


Volmir Cordeiro est chorégraphe, danseur et chercheur brésilien. Il a d’abord étudié le théâtre pour ensuite collaborer avec les chorégraphes brésiliens Alejandro Ahmed, Cristina Moura et Lia Rodrigues. Il intègre la formation « Essais » en 2011 au Centre National de Danse Contemporaine d’Angers - direction Emmanuelle Huynh, où il obtient un master en performance et création. En Europe, Il a participé aux pièces de Xavier Le Roy, Emmanuelle Huynh, Vera Mantero, Nadia Lauro & Zenna Parkins, Latifa Laâbissi et Rodrigo García.

Comme chorégraphe, il a créé un premier cycle de travail composé de trois solos : Ciel (2012, crée au CNDC d’Angers), Inês (2014, crée au Festival Actoral, à Marseille) et Rue avec les percussions de Washington Timbó (2015, créé au Musée du Louvre, en collaboration avec la FIAC). Avec la danseuse et chorégraphe Marcela Santander Corvalán, il a créé Époque, au Quartz, à Brest. En février 2017, il créé aussi à Brest une pièce pour quatre danseurs, L’oeil la bouche et le reste. En parallèle à cette création, il propose une exposition vidéo du même titre autour des poétiques du visage dans l’histoire de la danse pour le Centre d’Art Passerelle en collaboration avec le 40e anniversaire du Centre Pompidou. En septembre 2019, une pièce pour six interprètes, Trottoir, présentée au Festival Actoral à Marseille et au Festival D’Automne à Paris. Et dans ce même festival, en 2022, il présente le duo Métropole avec le percussionniste Philippe Foch.

Il enseigne régulièrement dans des écoles de formation chorégraphique telles que le Master Exerce (ICI-CCN Montpellier, France), Master Drama (Kask, Gand, Belgique), PARTS à Bruxelles, à la Ménagerie de Verre, au Conservatoire supérieur national de musique et de danse ainsi que dans le cadre du festival Camping, au Centre National de la Danse, à Pantin.

Il est l’auteur d’« Ex-Corpo » ouvrage consacré aux figures de la marginalité en danse contemporaine et à la notion d’artiste-chercheur, réflexions en continuité de la thèse qu’il a soutenu à l’Université Paris 8 en 2018.

En 2022 avec Érosion, création pour les danseurs du CCN - Ballet de Lorraine à Nancy, Volmir revisitera les Ballets Suédois, troupe particulière dadaïste installée aux Théâtres de Champs-Elysées entre 1920 et 1925.

Artiste associé à la Scène Nationale de Cergy-Pontoise Points Communs, et à la Briqueterie - CDCN du Val-de-Marne à Vitry, sa compagnie Donna Volcan, soutenue par la Drac au titre de l’aide à la structuration, pense le volcanique comme le fondement de la création : la terre, le feu, l’air et la pulsion vitale.

En 2021, Volmir Cordeiro reçoit le prix SACD Jeune Talent Chorégraphie.